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« Nous sommes face à une catastrophe écologique imminente ». Deux degrés pour que tout s’effondre…
Thursday May 24th, 2018
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Le réchauffement climatique entraîne une réduction drastique des territoires où peuvent survivre les espèces animales et végétales. Les insectes, essentiels pour les écosystèmes, sont les premiers concernés.

 
 

Une réduction de l’espace vital

 

Le 17 mai, la revue Science a publié une nouvelle étude montrant l’impact du réchauffement climatique sur les espèces animales et végétales terrestres. Jusqu’à présent, les insectes étaient exclus de ce genre d’étude. Cette fois, des chercheurs britanniques et australiens s’appuient sur un échantillon mondial plus vaste que ceux utilisés auparavant, comprenant notamment les aires de présence de 31 000 espèces d’insectes. En prenant en compte les différents scénarios climatiques, ils montrent dans quelle mesure l’aire naturelle de chaque espèce est susceptible de varier. En effet, plus la température augmente, plus se réduit la zone géographique réunissant les conditions adaptées à la vie d’une plante ou d’un animal. 

Plusieurs espèce de mammifères, d’oiseaux ou de papillons seraient en mesure de migrer vers d’autres espaces réunissant les conditions nécessaires à leurs survie. En revanche, ce n’est pas possible non seulement pour les plantes, mais aussi pour la plupart des invertébrés, des reptiles et des amphibiens. Puisque ces espèces n’ont pas la capacité de se délocaliser pour conjurer la hausse de température, la diminution de leur espace vital les voue à disparaître.

 

Quelques degrés de moins, une différence de taille 

Dans tous les cas, à cause du réchauffement climatique, le territoire naturel des espèces animales et végétales est destiné à régresser. Cependant, l’étude montre clairement que quelques degrés de plus ou de moins impliquent une grande différence. 

Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre conservent leur rythme actuel, les températures devraient à la fin du siècle être supérieures de 4,5 °C à celles de l’époque préindustrielle, située vers 1850. Dans ce cas, plus de la moitié de l’espace vital disparaîtrait pour deux tiers des insectes et des plantes, et pour plus de 40 % des mammifères. En revanche, si les Etats respectent les baisses d’émission convenues par la COP21 de 2015, la trajectoire de réchauffement de la planète serait d’un peu plus de 3°C. Alors, ce serait 49 % des insectes, 44 % des plantes et 26 % des animaux vertébrés qui perdraient plus de la moitié de leur espace vital. 

Enfin, si les termes de l’accord de Paris sont respectés, les dégâts seraient encore moindres. Avec un réchauffement de 2°C, plus de la moitié de l’espace vital disparaîtrait pour 18 % des insectes, 16 % des plantes et 8 % des vertébrés. Avec seulement + 1,5 °C, cette proportion tombe à 6 % pour les insectes, 8 % pour les plantes et 4 % pour les vertébrés. Ainsi, si l’augmentation de la température est d’1,5°C plutôt que 2°C, le risque est divisé par 2 pour les plantes et les animaux vertébrés, par 3 pour les insectes.

 

Indispensables insectes

Pour reprendre la conclusion des auteurs, les insectes sont « plus exposés qu’aucun autre groupe animal à une perte d’aire de répartition, et ils ont le plus grand bénéfice à tirer d’un réchauffement contenu à 1,5 °C plutôt que 2 °C ».

Leur extinction est déjà à un stade critique. En moins de 30 ans, les populations d’insectes auraient chuté de près de 80 % en Europe. C’est ce que conclue l’étude internationale publiée le 18 octobre 2017 par la revue PLoS One. Celle-ci analyse des données de captures d’insectes réalisées depuis 1989 en Allemagne et montre un effondrement catastrophique de l’entomofaune. « Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76 % en moyenne et jusqu’à 82 % au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans » écrivent les auteurs. Selon eux, l’explication réside dans l’intensification des pratiques agricoles, avec le recours accru aux pesticides et aux engrais de synthèse. 

Bien que ces mesures concernent l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont des systèmes agricoles très semblables et utilisent les mêmes intrants. Donc, prévient Dave Goulson, l’un des auteurs, « il y a une bonne “chance” pour que l’Allemagne soit représentative d’une situation bien plus large. Si c’est effectivement le cas, alors nous sommes face à une catastrophe écologique imminente. »

Comme l’explique Rachel Warren, co-auteure de l’étude publiée dans Science, les insectes «sont vitaux pour les écosystèmes et pour les humains : ils pollinisent les cultures et les fleurs, ils nourrissent les organismes de niveau supérieur, ils maintiennent les milieux naturels en équilibre en mangeant les feuilles des plantes, ils aident à recycler les nutriments dans le sol ». 

En d’autres termes, les insectes forment l’un des socles de la chaîne alimentaire. L’effondrement de leur population a un impact de grande magnitude sur l’ensemble des écosystèmes. 

 

Indignez-vous ! 

Afin de traiter de cette question, Nicolas Hulot met en place une « grande consultation » sur le sujet, avec un site internet dédié. « On va lancer toute une initiative sur la biodiversité, et surtout lancer tout un calendrier diplomatique international qui va jalonner les trois prochaines années » a-t-il déclaré. « C’est vraiment un sujet que je veux faire monter au même niveau que l’enjeu climatique » a encore ajouté le ministre de la transition écologique, pour qui la biodiversité nécessite un « sursaut d’indignation ».