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Le commerce alimentaire à la merci de graves perturbations
Thursday July 20th, 2017
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L’acheminement des produits repose sur quelques points de passage de plus en plus exposés à des dysfonctionnements. Une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

Qu’ont en commun le canal de Panama et le détroit de Malacca ? Nulle part ailleurs, les céréales acheminées à travers le monde ne passent à une telle cadence. Car ces deux goulets d’étranglement ont une position stratégique reliant les marchés de l’Ouest et de l’Asie. Mais, avec l’importance toujours plus grande du transport de produits agricoles, ces points de passage essentiels au commerce sont aujourd’hui à la merci de graves perturbations, alerte Chatham House dans un rapport paru mardi.

Pour ce think tank britannique influent, c’est une menace pour la sécurité alimentaire mondiale. Les auteurs soulignent que, entre 2000 et 2015, les volumes de matières premières agricoles négociées sur les marchés internationaux – et donc livrées à travers le monde – ont augmenté de 127%, à 2,2 milliards de tonnes. Et le commerce des fertilisants, s’il ne représente qu’une petite partie du transport de vrac sec, est tout aussi critique pour la sécurité alimentaire.

 

Over half of all grain trade relies on one or more maritime #chokepoints – a concern for food security.
New report:https://t.co/oq3kWUFVBJ pic.twitter.com/33CsCD7ur4

— Chatham House (@ChathamHouse) 27 juin 2017

Chatham House a identifié la poignée de couloirs qu’il juge d’importance systémique. Ils sont quatorze sur le globe, trois maritimes, trois côtiers et trois à l’intérieur des terres. Par exemple, les principaux passages clefs à l’intérieur des terres et sur les côtes sont situés aux Etats-Unis, au Brésil et en mer Noire. Ils représentent à eux seuls 53% des exportations mondiales de blé, de riz, de maïs et de soja . « A ces endroits, le commerce international est particulièrement exposé à des bouleversements. Un problème majeur à l’un de ces passages pourrait entraîner des ruptures d’approvisionnement et pousser les prix à la hausse », prévient le think tank.

Changement climatique

Parmi les risques majeurs évoqués par Chatham House, le changement climatique pourrait faire des ravages. Tornades, inondations, sécheresse… La fréquence et la sévérité de phénomènes météorologiques extrêmes entraîneraient des fermetures plus régulières de ces passages obligés et une plus grande usure des infrastructures, avancent les auteurs. Des événements récents l’attestent : lors de la dernière récolte de soja brésilien, des pluies torrentielles ont transformé les routes qui mènent des régions productrices aux ports en un réseau boueux impraticable. Résultat, des milliers de camions immobilisés et des retards de livraison jusqu’à l’autre bout de la planète.

Mais ce sont le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord qui figurent parmi les régions les plus vulnérables, car elles sont les plus dépendantes des importations alimentaires. Or un peu plus d’un tiers des céréales qui leur sont destinées empruntent au moins un passage pour lequel il n’y a aucune alternative, à l’instar des détroits turcs. « Si ces détroits venaient à fermer pour une raison quelconque, il n’existe pas d’autre route maritime », exposent les chercheurs. A cela s’ajoute la proximité avec les trois passages de la péninsule Arabique (Suez, Ormuz et Bab-Al-Mandab), qui déterminent l’accès au marché pour de nombreux pays de la région. « Les relations historiques entre insécurité alimentaire et instabilité politique ou sociale rendent particulièrement inquiétante l’exposition extrême de la région à des problèmes à ces points de passage », avertit Chatham House.

Muryel Jacque, Les Echos
@MuryelJacque

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